texte Magali Mougel

mise en scène Philippe Baronnet

Théâtre | dès 13 ans | durée 45 min

Un garçon, une fille, la trentaine, reviennent dans leur salle de classe se raconter leurs souvenirs de 4e aux sons des tubes des années 90. A travers cette musique des groupes de l’époque, The Cardigans ou No Doubt, Magali Mougel reconstitue les espaces sensibles de leur adolescence.
Cette adolescence-là est-elle si différente de celle d’aujourd’hui ? Oui le monde change, les références aussi. Mais l’adolescence n’est-elle pas toujours traversée par les mêmes tumultes et ce besoin absolu d’être aimé ?

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Philippe Baronnet et Magali Mougel investissent la salle de classe dans sa réalité, sans artifices, et posent avec une grande sincérité la question des effets de groupes sur celles et ceux qui en sont exclus. Prévu dans la salle de classe, ce spectacle s’adresse directement aux adolescents et à leurs préoccupations. En amont, deux ou trois semaines de Résidence de création in situ donneront lieu à l’ouverture des répétitions,  des ateliers de sensibilisation ou de pratique…

MAGALI MOUGEL
Auteur formée à l’ENSATT, Magali Mougel s’empare du quotidien qu’elle interroge par le prisme de fictions dramatiques. Elle se prête régulièrement à l’exercice de la commande et collabore avec différentes structures (Le Préau-CDR de Vire, Théâtre Jean-Vilar–Montpellier…). Ses textes sont publiés aux éditions Espaces 34 : Erwin Motor, dévotion (2011), La Dernière Battue (2012), Léda, le sourire en bannière (2013), Suzy Storck (2013). En 2015, elle co-écrit La Nuit où le jour s’est levé, mis en scène par Olivier Letellier, et Poudre noire en 2016, mis en scène par Simon Delattre.

PHILIPPE BARONNET
Issu de l’École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre, Philippe Baronnet a joué dans des mises en scène d’Alain Françon, Christian Schiaretti, Bernard Sobel, Vincent Garanger ou encore Philippe Delaigue. Au sortir de l’ENSATT, il devient comédien permanent au CDN de Sartrouville et participe jusqu’en 2012 aux créations de son directeur Laurent Fréchuret. Dans le cadre d’Odyssées en Yvelines, il joue De la salive comme oxygène de Pauline Sales, mis en scène par Kheireddine Lardjam. En 2013, il devient artiste associé au Préau CDN de Vire, crée sa compagnie Les Échappés vifs, et met en scène Bobby Fischer vit à Pasadena de Lars Norén. En 2014, il monte Le Monstre du couloir de David Greig pour le festival ADO du Préau. Depuis 2016 et jusqu’en 2018, sa compagnie est associée au Préau où il crée Maladie de la jeunesse de Ferdinand Bruckner et La Musica deuxième de Marguerite Duras. Parallèlement à son travail de metteur en scène, il anime et dirige de nombreux ateliers dans les lycées et universités.

distribution

avec
Clémentine Allain

Pierre Cuq

production Théâtre de Sartrouville et des Yvelines–CDN
coproduction Le Préau – Centre dramatique national de Normandie – Vire
Les Echappés vifs

création le 31 janvier 2018

entretiens

AVEC MAGALI MOUGEL

Magali, le point de départ de la pièce, We Just Wanted You To Love Us, est le titre d’une chanson. Est-ce une vraie chanson ou bien est-ce un titre imaginaire ?
Il s’agit d’un titre imaginaire, mais il peut faire référence à des tas de chanson que j’ai en tête, qui sont un peu des tubes des années 90 et qui ne sont pas forcément inconnus aux ados d’aujourd’hui puisqu’on les entend souvent dans des films cultes !

L’adolescence des personnages est située dans les années 90 : est-ce que cette distance peut parler aux jeunes d’aujourd’hui ?
J’ai l’intuition que la musique permet de reconstituer des espaces sensibles dont nous ne serions pas contemporains. Et principalement les tubes musicaux, sont comme des territoires, des lignes de forces qui nous emportent vers d’autres horizons, ceux d’un passé qui continue encore à nous agir.  Des bandes son de notre vie commémorant tel moment passé, tel vécu singulier, des hymnes intimes promptes à permettre des expériences partageables.

Cette chanson porte le sens de la fable et résonne comme une justification. Tes personnages veulent être des stars quitte à harceler leurs camarades. Donnent-ils sens à leurs actes ? A la fin, y-a-t-il du regret, du remords, voire de la culpabilité ?
Depuis quelque temps, je collecte les paroles de celles et ceux qui, lorsqu’ils étaient enfant, notamment collégiens, ont été victimes de harcèlement et qui pour réussir à y mettre fin sont à leur tour devenus harceleurs. Par ailleurs, j’ai rencontré l’universitaire Caroline Dayer et en m’intéressant à ses recherches sur la place et le pouvoir de l’injure, j’ai voulu travailler sur ces mécanismes sociaux d’intégration et d’exclusion. Au-delà du harcèlement, je souhaite interroger les façons d’être au monde lorsqu’on est adolescent. A cet âge clef de l’existence où l’on se construit beaucoup dans le regard de l’autre, comment vivre ses contra- dictions intérieures, grandir et devenir adultes avec et parmi les autres ?

Tu as déjà écrit une première pièce pour Odyssées en Yvelines, à l’initiative de Johanny Bert, Elle pas princesse, Lui pas héros. Comme cela s’adressait à des enfants de 6 ans, tu avais fait « bouger » ton écriture. Est-ce qu’écrire pour les jeunes adolescents oblige à ce même déplacement ?
J’ai toujours le même rapport à l’écriture dans mes projets. J’écris toujours pour quelqu’un de précis. Et par conséquent je travaille mon adresse. Alors mon écriture ne bouge pas. En fait je ne cherche pas à m’adresser au plus grand nombre. Chacun de mes textes est écrit pour quelqu’un d’absent, qui ne sera pas toujours dans la salle et qui bien souvent ne saura pas que j’écris pour lui. Comme des lettres à la mer !

 

AVEC PHILIPPE BARONNET

Philippe, tu as déjà vécu l’expérience d’Odyssées en Yvelines en salle de classe, en étant l’interprète de Pauline Sales dans De la salive comme oxygène. Cette fois-ci, tu es du côté de la mise en scène. Comment abordes-tu cette forme ?
Je suis toujours très enthousiaste à l’idée de faire du théâtre dans des lieux originaux, revenir à une forme d’essence sans les artifices techniques des salles de spectacles, en prise directe avec le réel et faire feu de tout bois. Et surtout, je trouve formidable que nos métiers puissent nous confronter aux générations plus jeunes. Le stress est là aussi. Bien sûr. C’est un public exigeant, sans filtre. L’enjeu est d’arriver à capter leur attention sans tomber dans certaines facilités de séduction.

Dans Master, Jean-Pierre Baro joue la réalité de la salle de classe, puisque la représentation se passe pendant un cours. Dans My Brazza, Florent Mahouckou et David Bobée proposent plutôt un décalage : la classe devient un espace imaginaire. Comment souhaites-tu, dans cette collaboration avec Magali, investir la classe ?
Il me semble impossible de pouvoir tricher avec une réalité si concrète : une salle de classe. Si nous refusons de faire, et surtout, de jouer avec cette réalité, ce serait comme faire semblant trop tôt ! Pour moi, il s’agit toujours de ne pas imposer le théâtre, mais plutôt d’arriver à plonger dedans, l’air de rien… Pas de quatrième mur donc. Au cinéma, j’aime quand l’acteur se tourne soudain vers la caméra pour s’adresser directement au spectateur. Là c’est l’inverse. Avec les films et les séries, les adolescents sont nourris de ces choses-là. Consciemment ou inconsciemment, ce sont des codes qu’ils identifient et maîtrisent parfois très bien.

Dans la salle de classe, la proximité avec le spectateur est formidable : on peut jouer sur des registres très simples, voire intimistes. En revanche, on peut craindre que cette proximité abolisse la distance nécessaire pour créer l’illusion théâtrale. Comment s’emparer de ce paradoxe.
Je cherche toujours à créer une très grande proximité entre acteurs et spectateurs et je voudrais que le public puisse toujours rester extrêmement sensible aux détails les plus infimes du jeu des acteurs. Pour moi, cela n’annule pas l’illusion. La fragilité des acteurs et même l’accident parfois, sont des éléments essentiels qui participent de la magie du théâtre. Je les souhaite, les attends et les contemple avec bonheur car c’est toujours l’éruption de la vie : abrupte, absurde. L’illusion se fabrique en complicité avec l’intelligence d’un spectateur sensible à tous ces détails. Je repense à cette phrase de Marivaux : « L’acteur, cet être qui fait semblant de faire semblant ».

Comment comptes-tu t’adresser aux adolescents ?
De la même façon qu’aux adultes, sans visées pédagogiques. Il ne s’agit pas forcément de faire un pas vers eux mais plutôt vers nous quand nous avions leur âge. C’est peut-être en parlant de notre jeunesse avec sincérité que nous pourrons les toucher. Que l’on écoute The Verve sur son walkman ou PNL sur son iPhone, ce qui compte à cet âge-là, ce sont les premières grandes amitiés, les trahisons aussi, l’amour fou et le désespoir parfois, le stress de passer dans la classe supérieure et l’envie de dire merde aux parents. Pleurer à gros bouillon et faire des expériences.

ressources

dossier de production
visuel du spectacle

Format

pour salle de classe [collèges]
JAUGE 30 (OU 1 CLASSE)